Retour sur l’Atelier thématique N°1 organisé par ANFASS Démocratique, le CRDH Casablanca-Settat et la CMJC le 27 mai: « justice écologique ».

Retour sur l’Atelier thématique N°1 organisé par ANFASS Démocratique, le CRDH Casablanca-Settat et la CMJC le 27 mai: « justice écologique ».

Atelier justice écologique2

Résumé exécutif

 

Un atelier thématique s’est tenu vendredi 27 Mai 2016 à Casablanca au siège de la CRDH. Les organisateurs (Commission régionale des droits de l’homme Casa-Settat – Coalition marocaine pour la justice climatique – Mouvement Anfass Démocratique – Coordination de Casablanca) planifient de tenir plusieurs ateliers préparatoires à la Pré-COP de Casablanca (Juillet 2016).

Au nom des organisateurs, Mr H. Belmaddahi, membre de la CRDH Casa-Settat a rappelé le contexte de l’organisation de cet atelier ainsi que l’échéancier des activités préparatoires à la conférence COP22 tenue à Marrakech en Novembre 2016. Il a également insisté sur la nécessité de conjuguer les efforts de tous afin de monter un plaidoyer solide à défendre au niveau local, national et international.

Dr O. Boumaalif, docteur en médecine et membre du conseil national du mouvement Anfass démocratique, a axé son intervention sur la thématique de la santé durable, avec comme axe central : « L’humain : un écosystème en péril – Vers un nouveau paradigme pour une santé durable ». Pour l’orateur, il faut passer du paradigme actuel « L’homme est un ensemble bio-mécanique (avec une composante psychique ???), régi par des réactions chimiques et une influence génétique » au paradigme nouveau « L’homme est un écosystème interagissant avec un environnement en dégradation constante. La génétique n’est plus importante mais plutôt les facteurs épigénétiques ». « Les microbiotes humains sont en danger, spécialement le microbiote intestinal : il s’agit de 1012 à 1014 de cellules, un poids de 2 kg, représentant 95% de l’ensemble des espèces microbiennes de l’organisme » avance Boumaalif. Pour lui, « l’appauvrissement de la richesse du microbiote intestinal est dû à plusieurs facteurs : pauvreté du microbiote de la mère, les naissance par ‘césarienne’ (70% des accouchements au Maroc, contre moins de 30% comme moyenne mondiale), l’allaitement artificiel, la surconsommation d’antibiotiques, les régimes alimentaires modernes, … ». Pour illustration, la population Yanomani, peuple indigène amazonien au Venezuela, n’ayant pas eu de contact avec la « civilisation et l’alimentation occidentales » avant 2008, possède le microbiote le plus riche sur terre et représente le double de la richesse du microbiote d’un américain moyen. « Les modes de production et de consommation actuels sont à l’origine des perturbations de santé, Il n’y a qu’à voir l’augmentation de la concentration de maladies (hypertension artérielle, autisme, stress, …) et sa corrélation avec l’appauvrissement du microbiote intestinal. Il faut absolument les changer comme nous le réclamions dans le manifeste présenté à la COP21 par Anfass et un collectif d’organisations » conclut Boumaalif.

Soraya Kahlaoui, professeur universitaire en sociologue et chercheuse dans la thématique du « droit à la terre » a enchainé sur le sujet des terres collectives. La chercheuse a commencé par énumérer des exemples de cas de conflits à cause de « terres collectives » et de « droit aux ressources », tout en lançant un appel au CNDH, institution constitutionnelle chargé de la question des droits de l’homme, pour mettre le droit à la terre au centre de ses préoccupations. Ces exemples de lutte (Larache, Gharb, Guich Loudaya, Imider, Bensmim, …) sont l’illustration d’un passage forcé, appuyé par des politiques ultra-libérales de l’Etat, d’un mode de production collectif se basant sur une gestion communautaire des terres et des ressources à une privatisation au profit de l’urbanisation, de l’exploitation des sols et des ressources. Ces problématiques engendrent des casses sociales et environnementales dommageables :

  • Dépossession de terres fertiles au profit de l’urbanisation.
  • Exode rurale non contrôlé, appauvrissement, prolifération de bidonvilles urbains, non intégration, …
  • Surexploitation des ressources et des sols sans retombées sur la population environnante.

Abordant la thématique de « l’économie verte », Reda Hamadi, président de l’observatoire marocain des politiques publiques, associe ce concept aux justices sociale et écologique. L’intervenant, citant un rapport du CESE « Economie verte : opportunités de création de richesses et d’emplois », appelle d’abord à la convergence des politiques sectorielles par la planification stratégique, comme le revendique le mouvement Anfass démocratique, et à la prise en compte, à tous les niveaux, de la dimension environnementale, id est de la justice sociale et la justice écologique ! Hamadi adopte la définition du PNUD pour l’économie verte : « L’économie verte est une économie qui engendre une amélioration du bien-être humain et de la justice sociale, tout en réduisant sensiblement les risques environnementaux et les pénuries écologiques » et il considère qu’elle s’articule sur 6 axes principaux : L’énergie renouvelable, les moyens de transport (en optimisant l’utilisation des moyens collectifs et de moyens individuels écologiques, exemple la voiture électrique), la gestion des déchets, la gestion de l’eau, la construction écologique et l’aménagement du territoire.

Tout en notant les avancées réalisées par le Maroc sur ces axes, l’orateur met en exergue les manquements notables des politiques publiques. Pour illustration : Il n’y a pas d’exigences particulières de gestion des déchets médicaux pour les cliniques privées, les eaux usées ne sont pas traités dans la station de Saidia donnée comme exemple phare de la stratégie Azur pour le tourisme, le non-respect des quotas de pêche et du repos biologique par manque de moyens de contrôle, …

Autant dire que le débat était riches et les enjeux sont énormes et nombreux. Intervenants et organisateurs se donnent déjà rendez-vous pour les prochains ateliers afin d’enrichir les recommandations à porter à la prochaine COP22 de Marrakech.

 

Propositions de recommandations

 

Sur le plan international :

  • Un appel international urgent pour sauver le microbiote intestinal humain.
  • Une initiative de recherche mondiale concertée sur le microbiote intestinal.
  • Un congrès international pour une levée de fond pour financer des recherches indépendantes dans ce domaine.
  • Un appel à un fond urgent pour financer l’adaptation agricole, surtout en Afrique, aux conséquences des changements climatiques.

Sur le plan national :

  • Un appel à préserver le mode de gestion collectif des terres et à le généraliser.
  • Convergences des politiques publiques sectorielles et prise en compte du potentiel de l’économie verte.
  • Législation en matière de respect de l’environnement dans les investissements publics et privés.

Sur le plan régional :

  • Appel urgent aux autorités à agir face aux résultats inquiétant des qualités de l’air et de l’eau potable dans la région.
  • Appel urgent à sauvegarder le littoral devant la prolifération du béton en front de mer.
  • Nécessité d’aménager des espaces verts et de planter des arbres dans l’espace urbain.
  • Nécessité de produire un plan régional de préservation de l’environnement avec le concours de tous les acteurs.
  • Encourager les moyens de transport collectifs en densifiant, démocratisant et faisant converger les modes (trains régionaux, trains urbains, tramways, bus écologiques, …).
  • Encourager les modes de production et de consommation amis de l’environnement et encourager le terroir.

Atelier justice écologique1

Noura

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