L’appel de Rabat pour une transition énergétique juste et équitable

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L’appel de Rabat pour une transition énergétique juste et équitable
la Coalition Marocaine pour la Justice Climatique a organisé le 12 octobre, avec le soutien de la Fondation Friedrich Ebert (FES) au Maroc, un séminaire sur les défis soulevés par la transition énergétique, notamment en matière d’adaptation économique et sociale.

Les discussions ont été riches et denses et ont rassemblé des représentant-e-s des ministères et d’entreprises et d’institutions publiques, des chercheurs, des représentant-e-s syndicaux, des membres de la CMJC et de la société civile du Maroc, d’Europe, de Mauritanie, d’Algérie et de Tunisie.

Le séminaire a abouti sur la lecture, la discussion et l’approbation de « l’appel de Rabat pour une transition juste et équitable ». C’est ce document finalisé que vous pourrez retrouver ici. Cet appel sera notamment porté dès lundi prochain à la COP23 à Bonn (Allemagne) par les membres et représentant-e-s de la CMJC sur place.

N’hésitez pas à le diffuser dans vos réseaux et à le faire connaître !
L’appel est à lire à la suite de cet article ou est téléchargeable ici en format PDF.

Appel de Rabat

Pour une transition énergétique juste et équitable

La mise en œuvre de l’Accord de Paris pour la lutte contre les changements climatiques, qui compte aujourd’hui deux ans déjà, s’avère une nécessité et aussi une urgence.

Malgré le retrait du principal pays pollueur (les Etats-Unis d’Amérique) et les conséquences directes et indirectes dramatiques que cela implique pour l’ensemble de l’humanité et de la planète, la société civile des 195 pays signataires de cet accord et au-delà est bien déterminée à renforcer sa mobilisation pour amener les gouvernements à mettre en place au plus vite des politiques publiques cohérentes avec l’objectif de 2°C maximum de hausse de la température moyenne globale, fixé au niveau international.

Elle veillera notamment à faire respecter les « impératifs d’une transition juste pour la population active et de la création d’emplois décents et de qualité conformément aux priorités de développement ». Sur le plan énergétique, cela implique le passage d’ici à 2050 de l’énergie fossile aux énergies renouvelables et à l’économie d’énergie à tous les niveaux, et notamment par l’amélioration de l’efficacité énergétique.

Les contextes nationaux au niveau maghrébin varient énormément. D’un côté l’économie de deux pays est basée principalement sur les énergies fossiles : plus de la moitié du PIB de la Lybie provient de l’exploitation et de l’exportation du pétrole ; quand à l’Algérie, les hydrocarbures représentent environ 30 % de son PIB, 60 % de ses recettes budgétaires et plus de 95 % de ses exportations. De l’autre côté, le Maroc, la Mauritanie, et dans une moindre mesure la Tunisie, sont très dépendants sur le plan énergétique et cherchent à développer des sources de productions d’énergie sur leur sol, pour atténuer leur facture énergétique.

Dans ce sens, la Mauritanie développe ces dernières années son parc éolien et solaire qui, avec l’hydraulique, représente aujourd’hui 25 % des capacités installées et couvre 32 % de la demande globale de la Mauritanie en électricité. Le Maroc, quant à lui, se place également comme un leader des énergies renouvelables avec des objectifs ambitieux : 42 % de la puissance électrique installée en 2020, 52 % en 2030, afin de réduire sa dépendance énergétique à 82 % en 2030. Enfin, la Tunisie, qui bénéficie a priori d’un sous-sol plus généreux, se tourne vers l’exploration d’hydrocarbures non conventionnels, ce qui soulève des défis sociaux et environnementaux bien particuliers.

Aller vers une économie zéro carbone nécessite des changements structurels énormes. Cela soulève en particulier la problématique de l’emploi, puisqu’on estime que 7 millions de personnes dans le monde travaillent actuellement dans l’industrie fossile et que celle-ci génère également de très nombreux emplois indirects. Dans le domaine énergétique, le développement massif des énergies renouvelables et l’amélioration de l’efficacité énergétique sont deux secteurs qui peuvent générer beaucoup de nouveaux emplois.

A titre d’illustration, le secteur de l’énergie contribue à hauteur de 7 % du PIB du Maroc et emploie près de 35 000 personnes. L’ouverture du marché de la basse tension pourrait générer jusqu’à 11 000 nouveaux emplois locaux, d’après les scénarios les plus optimistes. Ceci, même sans compter l’objectif d’économies d’énergie de 20 % pour 2030, qui nécessite la création de nombreux emplois dans le secteur de l’efficacité énergétique.

Les travaux du séminaire à dimension maghrébine, organisé par la CMJC avec le soutien de la Fondation Friedrich Ebert (FES,) à Rabat Jeudi 12 Octobre 2017, ont permis de regrouper des responsables gouvernementaux, des institutions nationales, des universitaires, des chercheurs, experts, élus, des syndicats et des organisations de la société civile marocaine et maghrébine. Ce séminaire se veut une contribution de la société civile engagée dans le processus de mobilisation globale, aussi bien au niveau national que maghrébin, ou même international, pour échanger et débattre des différentes questions inhérentes à la thématique afin de dégager les pistes de mobilisation à même d’infléchir les décisions et d’amener les gouvernements et l’ensemble des autres acteurs à conjuguer leurs efforts pour s’engager résolument dans la mise en œuvre de l’accord de Paris et des conclusions de Marrakech, dans lesquels la transition énergétique occupe une place centrale.

Les travaux du séminaire ont abouti aux recommandations suivantes :

  1. Inventer et développer des alternatives économiques socialement justes ;

  2. Evaluer les impacts sociaux des politiques publiques ;

  3. Instaurer des cadres de formation et de formation continue ;

  4. Mettre en place des mécanismes de dialogue et concertations entre gouvernement, syndicats et mouvements sociaux pour

  • anticiper sur l’impact de la transition,

  • Mesurer la qualité de nouveaux investissements en termes d’emplois créés,

  • Evaluer l’impact des mesures sociales ;

  1. Promouvoir un nouveau modèle énergétique durable qui prend en compte la dimension sociale et le respect des droits de l’homme et qui rompt avec les modèles de production et de consommation dominants.

Les participantes et participants aux travaux dudit séminaire appellent :

  • Les gouvernements maghrébins à :

    • Elaborer des politiques publiques cohérentes avec leurs engagements en vertu de l’accord de Paris, pour une transition vers les énergies renouvelables en remplacement des énergies fossiles, afin d’aboutir à une économie zéro carbone ;

    • Adopter une approche inclusive et participative pour les syndicats, les mouvements sociaux et autres composantes de la société civile, pour assurer un accompagnement adéquat à cette transition pour répondre aux défis et faire face aux impacts socioéconomiques qui affecteraient les populations.

  • Les syndicats, mouvements sociaux et composantes de la société civile à :

    • Assurer un renforcement des capacités au profit des salariés du secteur de l’énergie et des secteurs annexes concernés, en vue de garantir leur reconversion et de s’adapter aux exigences de la transition ;

    • Mettre en place une charte commune pour renforcer leur synergie, en vue de relever les défis des transformations que connait le monde du travail, pour la consolidation des droits socioéconomiques, culturels et environnementaux dans le cadre d’un front unifié entre mouvement syndical, mouvements sociaux et autres composantes de la société civile.

Rabat, le 12 Octobre 2017

La Coalition Marocaine pour la Justice Climatique

Gio

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